Prière Mariale
A LA REDECOUVERTE D’UNE PRIERE
Je ne sais si vous avez jamais éprouvé la joie intime d’une prière faite dans la solitude complète d’une colline aux pieds de laquelle s’étend une plaine immense qui se perd dans la mer, surmontée par un ciel serein et ami. La séquence des « Je vous salue marie » qui se suivent sur les grains du chapelet pousse à la contemplation du mystère de Dieu fait homme : un moment de dense synthèse spirituelle dans laquelle « l’esprit de la tête » atteint l’illumination et voit la lumière dans la lumière de Dieu.

La prière du Rosaire est illuminante, contemplative, populaire et missionnaire. Elle est enracinée dans la praxis spirituelle du Peuple de Dieu, elle constitue un héritage jaloux qui n’a pas été éraflé par une certaine théologie "enragée" de christocentrisme et de convenance pour promouvoir le dialogue avec les autres confessions religieuses chrétiennes.
Elle est relancée à un moment de grande demande de valeurs de l’esprit. Notre société, comme le disait Luther, est mendiante de sens. La gratification des besoins, possible grâce au développement technologique et la plus grande disponibilité de ressources, a certainement rendu la vie plus humaine. Mais, nombre de fois, elle l’a vidé de son sens, en particulier au cours de cette phase historique de transformation profonde de l’humanité. Pour beaucoup, il semble que vaille ce que disait Sartre : nous naissons par hasard, nous traînons dans l’inertie et nous mourons par nécessité. Les périodes de changement sont toujours critiques pour tous : pour les jeunes, qui n’acceptent plus des valeurs vécues selon les modalités traditionnelles, mais qui ne peuvent se référer à d’autres qui ne sont pas encore présentes ; pour les personnes mûres, qui se sentent pris à contre-pied par les nouveautés. Ils risquent tous de se retrouver sans raisons de vivre valides, abandonnés à la solitude et souvent au désespoir de l’esprit. Que cela ne semble pas excessif si nous disons que les ténèbres et le vide de l’esprit s’étendent sur la société.
Certains trouvent facile de s’adapter, en ne vivant pas mais en se laissant vivre dans une grisaille qui trouve difficilement des pointes de vitalité. D’autres sont pris par l’ennui, qui va jusqu’à refuser l’existence. D’autres encore trouvent refuge dans certaines modes spirituelles telles que le New Age pour atteindre un équilibre harmonique avec la création. D’autres enfin, jeunes ou moins jeunes, cherchent refuge dans une spiritualité aux contours flous, fournie par les religions orientales dans lesquelles ils pensent trouver des réponses aux questions concernant les valeurs spirituelles.
Mais l’on part en ce cas toujours de l’homme et l’on retourne à l’homme qui, dans sa nature de créature, se retrouve impuissant.
Le Bienheureux Pape Jean Paul II, qui a placé son pontificat sous l’enseigne de l’amour pour l’homme a voulu expliciter au travers de tout son magistère la vocation fondamentale et le destin de tout homme, en partant de l’affirmation conciliaire selon laquelle c’est seulement dans le mystère de Dieu que se révèle le mystère de l’homme. Il a proposé avec insistance et a même peint devant les yeux de l’humanité le visage du Christ. Redemptor Hominis, Mulieris Dignitatem, les Encycliques sociales, Novo Millennio Ineunte montrent clairement que la personne humaine ne peut trouver sa juste dimension et sa réalisation que dans la Parole de Dieu et dans l’énergie salvifique de l’Evangile. «Contemplez le visage et même les visages du Christ et découvrez qui vous êtes et qui vous devez être. Un mystère d’amour de Dieu». C’est par la prière, nourrie de contemplation, que l’on arrivera à pénétrer dans la profondeur de Dieu, qui s’est révélé dans le Christ, raison et modèle de notre existence sauvée.
Sa lettre sur le Rosaire reprend, presque en synthèse, les mêmes motifs et se trouve offerte presque comme un moyen et une propédeutique pour répondre à cette question de sens de l’homme d’aujourd’hui au travers de la présentation des mystères du Christ contemplés, co-participés et vécus par la Vierge Marie, la servante de Yahvé et la fidèle disciple du Christ. Cette lettre apostolique est presque un compendium tendrement humain qui a caractérisé ce témoin de la foi, encore valide pour l’homme d’aujourd’hui. «Nous pouvons rassembler dans ces dizaines du Rosaire tous les événements de notre vie individuelle ou familiale, de la vie de notre pays, de l'Église, de l'humanité, c'est-à-dire nos événements personnels ou ceux de notre prochain, et en particulier de ceux qui nous sont les plus proches, qui nous tiennent le plus à cœur. C'est ainsi que la simple prière du Rosaire s'écoule au rythme de la vie humaine» (Rosarium Virginis Mariae, n. 2).
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